Deux Rien le 09/06/2014

« Le jeu permet d’avouer et de vivre ce que la réalité interdit, sous couvert de la gratuité de l’acte. Soit il permet de vivre par procuration ce que l’on n’oserait pas se permettre dans la vie réelle, soit il console en autorisant à recréer ou à réparer des fragments de notre existence. »

« Nous sommes tous des ratés, du moins les meilleurs d’entre nous »
James Matthiew Barry
Pour commencer ils sont deux, lui et elle… mais ce qu’ils sont n’a aucune importance.
Ce qu’ils font là? Rien, deux fois rien, ils sont assis là.
La foule, la vie, la société, la terre qui tourne a laissé sur le banc ces deux personnages qui tantôt nous observent, tantôt nous ignorent, mais restent là : point fixe d’un mouvement perpétuel.
Ces « deux riens « sont des êtres déchirés par les lois du réel, auxquelles ils ne peuvent se soumettre. Ils se réfugient à l’abri d’une fantaisie de leur esprit, qui leur permet de vivre dans un univers en marge de ceux qui les rejettent comme des naufragés. Ils ne combattent pas le tragique, à l’image des héros, mais l’acceptent, et ouvrent des chemins buissonniers.
Ces clandestins du réel s’occupent, s’écrivent et s’inventent un ailleurs, un entre-deux, et choisissent de passer à l’abordage du monde réel par le biais du jeu.
La vie et la fiction se répondent sans discontinuer

Et nous cohabitons avec eux, deux monde, deux sociétés côtes à côtes et si différentes: le jour et la nuit, l’enfance et l’âge adulte… un chapeau vide à leur pied attend une pièce, une ultime balise posée là, chemin de retour vers la réalité. Pour ce qui est du reste les voilà qui « funambulisent » vers nous d’un monde à l’autre sans crainte de tomber, nous assistons à un exercice d’équilibre entre le réel et l’invention.
Nous sortons de la réalité et nous pénétrons dans un fantasme que nous pourrions nommer « comme si », puis nous revenons aussi sec sur nos pas, sans un mot pour nous prévenir ou nous expliquer la moindre chose. Ils ne choisissent à aucun moment et ne prétendent pas qu’il faille élire un domicile ici ou là-bas. Ceci les condamnent fatalement à l’exil, d’un côté comme de l’autre.
Une chose est bien réelle, nous les regardons. Leur condition les a privés de tous moyens de se dissimuler, pas de mur, pas de cachette… Si nous passons notre chemin sans tourner la tête, ils font partis du décor. Mais si nous nous arrêtons pour les regarder, quels rôles endossons-nous? Curieux? Voyeur? spectateurs? Ont-ils conscience d’être « observés », s’ils « jouent » est-ce pour eux, ou pour nous? Et s’ils se mettent à nous observer les observer… qui est spectateur, et qui fait spectacle? Le fameux « quatrième mur » du théâtre est réversible et rempli de trous.
Comment leur imaginaire se contentera de ce rien pour tout construire. Comment cet état d’invention permanente rythme leur quotidien et le change?
Comment le spectacle transforme le réel et comment le réel devient spectacle?
Sous vos yeux de spectateurs voici la traversée de deux vies, entre réel et onirisme, entre jeux d’enfants et malheurs d’adultes.